RSF - Reporters sans frontières

06/11/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/11/2026 04:46

France : trois ans après, l’acharnement judiciaire contre Ariane Lavrilleux se poursuit, signe d’une criminalisation inquiétante du journalisme

La demande de réouverture de l'instruction par le parquet général dans le dossier de la journaliste de Disclose, Ariane Lavrilleux, trois ans après sa garde à vue et la perquisition de son domicile, sera tranchée par la cour d'appel de Paris le 8 juillet prochain. Cette nouvelle étape judiciaire illustre un phénomène préoccupant : la criminalisation du journalisme. RSF dénonce un acharnement judiciaire qui fait peser une menace grave tant sur le secret des sources journalistiques que sur le droit à l'information du public et révèle une interprétation préoccupante de la notion d'intérêt public, pourtant manifeste dans cette affaire. Seule la confirmation du non-lieu et l'abandon de toutes les charges permettront de réaffirmer le droit à l'information d'intérêt public.

Nouveau rebondissement dans l'affaire Ariane Lavrilleux, près de trois ans après l'ouverture d'une information judiciaire à la suite de la publication de plusieurs articles sur une opération militaire française secrète en Égypte, que les autorités égyptiennes auraient détourné pour cibler et tuer des civils, par le média d'investigation Disclose en 2021. Une procédure dans laquelle la journaliste Ariane Lavrilleux avait été spécifiquement visée et dans le cadre de laquelle elle a bénéficié d'un non-lieu en octobre 2025. Le parquet général a interjeté l'appel demandant ainsi la réouverture de l'instruction et la mise en examen de la journaliste. Sa demande va même encore plus loin : que les trois autres co-auteurs de l'enquête soient également entendus par la justice et que le documentaire et les articles incriminés soient retirés des sites Internet et ne soient plus diffusés. La décision de la cour d'appel de Paris sera rendue le 8 juillet.

Pour sa contribution à ces articles, la journaliste Ariane Lavrilleux avait subi, en septembre 2023, une garde à vue de 39 heures pour compromission du secret de la défense nationale et révélation d'information pouvant conduire à identifier un agent protégé. Son domicile avait fait l'objet d'une perquisition pendant plus de dix heures, et elle avait fait l'objet de mesures de filature, de géolocalisation et de surveillance de ses activités professionnelles et privées. Convoquée au tribunal judiciaire de Paris en janvier 2025, elle avait bénéficié d'un non-lieu en octobre 2025, la juge d'instruction ayant estimé que les articles qu'elle avait co-signés étaient "d'intérêt général, intéressant le public et le débat démocratique".

"En demandant la réouverture de l'instruction malgré le non-lieu prononcé, le parquet adresse un signal inquiétant aux journalistes qui œuvrent pour l'intérêt général et aux sources qui leur permettent d'informer le public. Alors que l'intérêt public des révélations publiées est manifeste, il semble considérer que la seule invocation du secret de la défense nationale peut justifier des poursuites contre des journalistes. La protection du secret-défense ne saurait servir à piétiner la liberté de la presse et la protection des sources journalistiques, ni à vider de sa substance la notion d'intérêt public. RSF appelle la cour d'appel à confirmer le non-lieu prononcé en faveur d'Ariane Lavrilleux, et à réaffirmer ainsi clairement que les articles qu'elle a co-signés sont d'intérêt général. La décision attendue le 8 juillet constituera un test majeur de la capacité de la législation en vigueur à concilier les impératifs de sécurité nationale avec le respect total de la liberté de la presse et du droit à l'information.

Laure Chauvel
Responsable du bureau France de RSF

Face à la criminalisation du journalisme, phénomène en pleine expansion à l'échelle mondiale, RSF appelle à une protection juridique renforcée et à des politiques pénales ambitieuses. Comme l'a révélé leClassement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF, 25 ans après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l'extension du domaine du secret-défense et de la sécurité nationale est devenu un moyen pour interdire la couverture de sujets d'intérêt général dans de nombreux pays. Cette tendance, notable dans les régimes autoritaires, s'est largement développée dans les démocraties et s'accompagne d'un usage abusif de lois contre les journalistes.

Publié le 11.06.2026
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