RSF - Reporters sans frontières

09/23/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/24/2026 05:25

Guerre au Yémen, les journalistes témoignent : “quand que je sors, je vérifie qu'il n’y a pas de bombe sous ma voiture”

Après l'invasion éclair des houthistes sur la côte ouest du Yémen, les journalistes témoignent sur les déplacements forcés, les menaces et le harcèlement dans ce pays, classé 164e sur 180 pays et territoires au Classement mondial de la liberté de la presse et où les conditions de travail sont déjà mises à mal par un contexte politique instable. Reporters sans frontières (RSF) appelle la communauté internationale et les parties belligérantes à garantir leur sécurité.

Alors que la milice houthiste prenait le contrôle de Bab el-Mandeb sur la côte ouest le 9 septembre dernier, des dizaines de journalistes ont été contraints à évacuer la ville. "Vers 21 heures, mon mari rentre en panique et me demande de préparer ce que nous pouvons emporter pour partir", témoigne une employée d'une chaîne de télévision locale, souhaitant garder l'anonymat. Son conjoint, producteur au sein du même média, avait vu les chars des houthistes approcher. Comme la plupart des habitants, ils se sont enfuis cette nuit-là vers la ville d'Aden, au sud, contrôlée par le gouvernement soutenu par l'Arabie saoudite voisine. "Personne ne semblait comprendre ce qu'il se passait. c'est ce qui inquiète le plus les journalistes : l'impossibilité d'accéder à l'information dans un environnement dangereux où les rumeurs règnent." Depuis, les deux journalistes vivent en situation de déplacement forcé et sont sans emploi.

Plus haut à Sanaa, bastion des houthistes, les reporters refusent de s'exprimer par crainte de représailles. "Même sur Facebook, personne n'ose couvrir l'actualité," témoigne un journaliste qui a fui la ville ces derniers jours. Même avant la guerre, la milice le convoquait souvent, "pour un reportage scientifique sur les maladies infectieuses", par exemple, qui, selon le groupe armé, "semait la peur", raconte ce professionnel de l'information. Depuis le début de l'offensive, "la seule chose que les journalistes dans le nord ont le droit de commenter, c'est le sport. Nous sommes tous 'commentateurs sportif'". Une plaisanterie qui pourtant ne rend pas compte de l'ampleur et de la gravité du danger même dans cette spécialité : en 2022, le journaliste sportif Obad al-Jaradi a été retenu en otage pendant 18 jours par les houthistes pour son travail. Soutenu par RSF, il vit désormais en exil en France.

"Alors qu'une nouvelle guerre fait rage au Yémen, les journalistes se retrouvent encore une fois en danger. Ceux qui exerçaient encore dans un pays déjà affecté par les instabilités et les conflits vivent désormais sous les bombes et dans la peur, dans un climat plus incertain que jamais. Les houthistes doivent arrêter de terroriser et menacer les journalistes. Le gouvernement a le devoir de les protéger et de faciliter les conditions d'exercice de leur métier. Nous exhortons la communauté internationale à faire de la sécurité des reporters une priorité."

Jonathan Dagher
Responsable du bureau Moyen-Orient de RSF

Crainte d'être tué, au-delà des frontières houthistes

Dans le reste du pays, largement sous le contrôle d'un gouvernement de coalition fragile soutenu par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les journalistes qui couvrent la guerre évoquent également un climat de plus en plus dangereux, dans un contexte déjà sous pression. Il y a trois mois, le 24 juin, un attentat à la voiture piégée a tué le correspondant des chaînes d'information Al Arabiya et Al Hadath, Mohammed Aïda. Un crime qui a conduit, quelques jours plus tard, à l'arrestation de deux individus en lien avec les houthistes, selon les autorités. Mais les menaces s'aggravent alors que le pays plonge dans un nouveau conflit. "Chaque fois que je sors, je vérifie qu'il n'y a pas de bombe sous ma voiture", rapporte le correspondant d'une agence de presse à Aden sous couvert d'anonymat. "J'entretiens des relations avec des sources. Les houthistes ou d'autres acteurs pourraient donc me coller une étiquette et me considérer comme une cible", explique-t-il pour illustrer le fait que les professionnels de l'information sont pris en étau entre les parties belligérantes.

Depuis 2014, 40 journalistes ont été tués dans le pays, selon les chiffres de RSF. Au moins quatre journalistes sont portés disparus, enlevés par les houthistes, dont les journalistes indépendants Hassan Zayed et Salah al-Din al-Rouhani, ainsi que Nabil al-Sadawi, correspondant de l'agence de presse Saba, détenu depuis 2015. Si les houthistes détiennent le record en matière de meurtre, d'enlèvement et de censure, les forces gouvernementales et d'autres acteurs locaux, tels que les séparatistes du Sud, par exemple, sont également connus pour arrêter et intimider les professionnels de la presse. À Aden, le gouvernement continue de détenir le journaliste indépendant Nasseh Shaker depuis deux ans, malgré une décision de justice ordonnant sa libération.

Une presse étrangère écartée

Les reporters étrangers, eux, doivent surmonter l'obstacle que représente l'obtention d'un visa. Quentin Müller, journaliste français spécialisé sur le Yémen, a été expulsé en juillet dernier, pour avoir travaillé sans visa journalistique alors même que de l'avis de nombre de professionnels de l'information en obtenir un est devenu chose quasi-impossible.

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Publié le 23.09.2026
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