06/19/2026 | News release | Archived content
Les eurodéputés doivent prochainement se prononcer sur les priorités et la répartition des fonds qui seront alloués au journalisme dans le cadre du nouveau programme AgoraEU qui vise à soutenir l'ensemble des secteurs de la création. Si le soutien au journalisme y occupe une place inédite, il mérite un effort budgétaire tout aussi inédit de la part de l'Union européenne (UE). Reporters sans frontières (RSF) appelle donc le Parlement européen à préserver une enveloppe d'au moins 200 millions d'euros par an pour améliorer durablement le cadre d'exercice du journalisme au sein de l'UE.
Comment faire en sorte que le journalisme cesse de recevoir une portion congrue des financements européens et que le secteur soit réellement et davantage soutenu ? Après que les co-rapporteurs du Parlement européen ont présenté, le 18 mai dernier, leur projet de rapport relatif au nouveau programme AgoraEU, les négociations pour le futur cadre financier pluriannuel de l'Union européenne pour la période 2028 à 2034 battent leur plein à Bruxelles. Si en comparaison avec les futurs programmes de soutien à la compétitivité ou la défense européenne AgoraEU retient peu l'attention, derrière ce programme se cache une ambition décisive : renforcer la résilience démocratique de l'Union européenne à travers le soutien aux secteurs des médias, de la culture et de la société civile.
Les négociateurs du Parlement européen et du Conseil de l'UE s'accordent au moins sur une chose : à un moment où les démocraties européennes font face à une multiplication des campagnes de désinformation, à une concentration croissante des médias, à des pressions économiques sur les rédactions indépendantes et à des attaques répétées contre la liberté de la presse, apporter un soutien au journalisme et aux médias d'information de qualité doit constituer une priorité du futur programme AgoraEU.
L'opportunité de corriger le sous-financement chronique du journalisme
La Commission européenne a proposé une enveloppe de 8,6 milliards d'euros pour AgoraEU sans indiquer de clef de répartition entre les différents secteurs concernés. Le Parlement européen souhaite porter ce montant à 10,72 milliards d'euros afin de répondre aux besoins croissants des secteurs culturels, créatifs, médiatiques et de la société civile. Dans leur rapport préliminaire, les députés européens suggèrent d'allouer 11,7 % de cette enveloppe au "journalisme et à l'information".
RSF propose que, quelle que soit la clef de répartition retenue, au moins 200 millions d'euros par an soient sanctuarisés pour le financement du journalisme et de l'information. À titre de comparaison, ce montant correspond à l'effort financier réalisé aujourd'hui à travers le volet MEDIA du programme Europe Créative, qui aide le secteur audiovisuel et du cinéma à concevoir, distribuer et promouvoir des œuvres dans l'UE. Le journalisme reçoit aujourd'hui moins de 3 millions d'euros par an au titre du même programme.
"Nous saluons l'ambition affichée par le projet de rapport du Parlement européen d'accorder, au sein du programme AgoraEU, une place distincte au journalisme. Si les priorités du programme - en particulier, le soutien à l'accès des citoyens à une pluralité de sources fiables d'information - nous semblent opportunes, il faut les accompagner de moyens financiers conséquents. Or, depuis trop longtemps, le journalisme est victime d'un sous-financement chronique par l'UE. C'est pourquoi RSF invite les parlementaires européens à soutenir l'idée d'un 'rattrapage budgétaire' en faveur du journalisme. Ils ont l'occasion de corriger ce déséquilibre ancien et injuste au regard de l'importance démocratique que revêt le journalisme, en sanctuarisant une enveloppe d'au moins 200 millions d'euros par an dans le cadre du programme AgoraEU."
L'enjeu des négociations budgétaires en cours n'est pas de transformer le programme AgoraEU en un instrument de soutien permanent à un secteur économique en crise. L'UE n'a pas vocation à financer la production d'information à grande échelle, ni à compenser les pertes des entreprises de médias. En ciblant son intervention budgétaire sur des priorités que le marché seul peine à garantir - l'accès effectif des citoyens et des citoyennes à une pluralité de sources d'informations, l'indépendance éditoriale, l'investigation, ou encore la protection des journalistes - une telle enveloppe de 200 millions d'euros par an, qui représenterait toujours une part immensément modeste du budget européen (environ 0,1 %), aurait néanmoins un impact significatif pour améliorer durablement le cadre d'exercice du journalisme en Europe. Le droit à l'information des citoyens a été consacré par le règlement européen sur la liberté des médias (EMFA), soutenir un environnement favorable à sa réalisation est urgent et indispensable.