RSF - Reporters sans frontières

06/10/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/10/2026 11:26

Comores : détention arbitraire du journaliste Toufé Maecha de la Gazette des Comores pour un article sur la santé d’un ex-président

Le journaliste de La Gazette des Comores, Toufé Maecha, est détenu et inculpé pour "trouble à l'ordre public" après la publication d'une enquête sur l'état de santé de l'ancien président. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une détention arbitraire et demande sa libération immédiate. Arrêté en même temps que lui, le 8 juin, le directeur de publication de ce quotidien d'information, El-Had Said Omar, est actuellement auditionné, après une première garde à vue de 12 heures en début de semaine.

Aux Comores, publier une information d'intérêt général peut désormais mener à la prison. Le journaliste Toufé Maecha de La Gazette des Comores a été placé sous mandat de dépôt le 9 juin, pour avoir publié plusieurs articles sur l'état de santé de l'ancien président du pays, Ahmed Abdallah Sambi, qui seraient "susceptibles de troubler l'ordre public et de porter atteinte à la paix sociale", selon le procureur. Dans son édition du 8 juin, La Gazette des Comores, un journal indépendant fondé en 1999, titrait sur le rapport final de contre-expertise sur la santé de l'ancien président.

Interpellé le soir-même, Toufé Maecha a été entendu par la gendarmerie, de même que le directeur de publication, El-Had Said Omar. Relâché le lendemain, ce dernier a de nouveau été convoqué à la gendarmerie dans la matinée du 10 juin. Les deux journalistes sont actuellement auditionnés par le parquet de Moroni.

"En enquêtant et en publiant des articles d'intérêt général sur l'état de santé d'un ancien président, les journalistes Toufé Maecha et El-Had Said Omar n'ont fait que leur travail d'information. La détention du premier est donc arbitraire et la nouvelle convocation du second est très inquiétante. Le travail d'information ne saurait constituer un délit ou un "trouble à l'ordre public". RSF demande aux autorités judiciaires des Comores d'abandonner toutes les charges contre les deux journalistes, de libérer immédiatement Toufé Maecha et de lui permettre de reprendre son travail sans crainte de représailles.

Sadibou Marong
Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF

Alors que le procureur considère que les publications en question pourraient "troubler l'ordre public" et porter "atteinte à la paix sociale", le ministère de l'Information a indiqué, dans un communiqué, que "l'article reproduit et publie les éléments précis d'un rapport médical confidentiel, dont la détention et la publication sont encadrées par la loi. Le journaliste interpellé a publié ces éléments du rapport médical avant même leur transmission au procureur". Selon le parquet, une information judiciaire est ouverte.

L'intimidation et l'arrestation de journalistes sont assez fréquentes ces dernières années aux Comores, où la liberté de la presse est pourtant garantie par la Constitution, et l'autocensure est répandue chez les journalistes comoriens, en raison des lourdes peines punissant la diffamation.

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Publié le 10.06.2026
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