UNOG - United Nations Office at Geneva

03/11/2026 | News release | Distributed by Public on 03/11/2026 10:38

Comment le Liban est devenu l'autre front de la guerre en Iran

La guerre déclenchée par l'offensive israélo-américaine contre l'Iran, le 28 février, continue de se propager à travers le Moyen-Orient. Au Liban, l'escalade entre l'armée israélienne et le Hezbollah, allié de Téhéran, menace d'emporter un État déjà fragilisé par des années de crise économique et politique.

Selon la Secrétaire générale adjointe de l'ONU aux affaires politiques, Rosemary DiCarlo, la responsabilité de cette nouvelle flambée au Liban incombe largement au parti-milice chiite pro-iranien. « Dans un contexte d'escalade déjà dévastatrice au Moyen-Orient, la décision du Hezbollah d'attaquer Israël le 2 mars a une nouvelle fois entraîné le Liban dans un conflit qu'il n'a ni recherché ni les moyens de se permettre », a-t-elle averti mardi, lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité.

Depuis le début du mois, les combats ont franchi un seuil inédit depuis la trêve fragile conclue fin 2024 entre Israël et le Hezbollah. Le groupe a tiré des centaines de roquettes, missiles et drones vers Israël et le plateau du Golan syrien occupé par Tel Aviv depuis 1967. L'armée israélienne a riposté par des frappes massives dans le sud du Liban, mais aussi plus au nord du pays, dans la banlieue de Beyrouth et dans la plaine de la Bekaa.

Selon le gouvernement libanais, ces bombardements ont déjà fait plus de 570 morts et plus de 1 400 blessés. Les ordres d'évacuation lancés par Israël ont également provoqué le déplacement massif de plusieurs centaines de milliers de personnes en quelques jours.

© Armée française/Basile Pineau
Des forces de la mission de maintien de la paix de l'ONU au Liban, la FINUL, patrouillent à Deir Kifa, dans le sud du pays.

Une frontière redevenue ligne de front

La frontière entre Israël et le Liban - matérialisée dans les faits depuis 2000 par la « Ligne bleue », une ligne de démarcation supervisée par l'ONU - est désormais saturée de frappes et de tirs croisés. La force de maintien de la paix des Nations Unies présente dans la zone, la FINUL, a recensé plus de 4 000 trajectoires de projectiles depuis le déclenchement des hostilités au Liban, début mars.

« La situation fragile qui prévalait depuis novembre 2024 a cédé la place à une escalade significative des hostilités », a constaté Jean-Pierre Lacroix, chef des opérations de paix de l'ONU, qui participait également à la réunion du Conseil par visioconférence.

Déployée depuis 1978 pour surveiller la frontière et le respect du cessez-le-feu qui avait mis fin au conflit israélo-libanais de 2006 , la FINUL se retrouve selon lui une nouvelle fois coincée entre les deux camps. Les Casques bleus restent sur leurs positions, mais leurs mouvements sont désormais sévèrement limités par les combats. M. Lacroix a rapporté plusieurs incidents ayant touché les bases onusiennes, dont l'un a grièvement blessé un soldat de la paix ghanéen.

Au-delà de la violence immédiate, c'est tout l'équilibre fragile établi depuis la fin de la guerre de 2006 qui semble vaciller. Les forces israéliennes maintiennent des positions au-delà de la Ligne bleue, tandis que le Hezbollah continue d'opérer au sud du fleuve Litani - deux situations contraires aux engagements prévus par le Conseil.

© HCR
Des personnes ayant fui les combats au Liban attendent au point de passage frontalier de Masnaa de pouvoir traverser vers la Syrie.

Le Liban, « épuisé par les guerres des autres »

Mais la dimension militaire n'est qu'une partie du tableau. Derrière les frappes et les tirs d'artillerie se profile une crise humanitaire qui s'accélère de jour en jour.

« C'est un moment de grave péril pour le Liban, et pour la région », a averti Tom Fletcher, chef des affaires humanitaires de l'ONU, aux membres du Conseil, depuis son bureau à Genève.

Plus de 750 000 personnes sont désormais déplacées à l'intérieur du pays. Des dizaines de milliers d'autres ont franchi la frontière syrienne. Les centres d'accueil improvisés, souvent dans des écoles, débordent déjà, tandis que les systèmes de santé et d'éducation vacillent.

Près d'une cinquantaine de centres de soins et cinq hôpitaux ont été contraints de fermer dans les zones touchées par les combats, et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 25 attaques contre des infrastructures médicales depuis le 28 février.

« Le Liban est épuisé par les guerres des autres. Il ne demande pas de l'aide, mais de l'oxygène », a résumé Tom Fletcher, qui a débloqué 15 millions de dollars du Fonds central pour les interventions d'urgence (CERF) pour faire face à l'ampleur de la crise.

Une guerre régionale qui déborde

La flambée de violence au Liban illustre la transformation rapide du conflit iranien en guerre régionale.

Depuis l'offensive lancée le 28 février contre Téhéran, menée conjointement par Israël et les États-Unis, les frappes et attaques iraniennes se multiplient à travers le Moyen-Orient : Iraq, Syrie, pays du Golfe, Turquie. Au total, plus d'une douzaine de pays ont été touchés par la guerre.

ONU
Le chef de l'aide humanitaire de l'ONU, Tom Fletcher, s'exprime par visio-conférence, depuis Genève, lors de la réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Liban.

À cela s'ajoutent les perturbations du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, un passage coincé entre l'Iran et la péninsule Arabique par lequel transite chaque jour un quart du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime.

Dans les faits, le détroit n'est pas officiellement fermé. Mais il est devenu impraticable. En représailles des frappes israélo-américaines, l'Iran multiplie les avertissements radio aux navires marchands, faisant planer la menace d'attaques de drones ou de missiles dans cette zone étroite où les bateaux doivent naviguer lentement.

En conséquence, le baril de Brent a franchi la barre des 90 dollars. Les taux de fret des pétroliers augmentent, tandis que les primes d'assurance contre les risques de guerre s'envolent. Mardi, l'agence de l'ONU chargée du commerce et du développement, la CNUCED, a indiqué que « toute perturbation prolongée dans le détroit d'Ormuz pourrait avoir des répercussions majeures sur les marchés mondiaux de l'énergie, les coûts du transport maritime et la sécurité alimentaire, en particulier pour les économies en développement ».

Le pari fragile de l'État libanais

Au milieu de cette tempête régionale, les autorités libanaises tentent pourtant d'affirmer leur souveraineté. Le gouvernement a récemment annoncé vouloir interdire les activités militaires du Hezbollah, décrit par certains observateurs comme un véritable « État dans l'État », et rétablir son monopole sur les armes - une mesure longtemps jugée politiquement impossible.

Le président libanais s'est également dit prêt à engager des négociations directes avec Israël sous médiation internationale afin d'obtenir « une trêve complète ».

Pour les diplomates, ces initiatives montrent que la stabilité reste théoriquement possible. Mais elles restent suspendues à une condition essentielle : l'arrêt des combats.

« Pour éviter de nouvelles pertes humaines et créer l'espace nécessaire à un engagement politique réel, la violence doit cesser », a insisté Rosemary DiCarlo.

À défaut, le Liban risque de redevenir, une fois encore, le terrain d'affrontement privilégié de tensions qui se joue au-delà de ses frontières.

« Lorsque le monde se détourne du droit international et de la solidarité humaine, le Liban tremble », a averti Tom Fletcher.

POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies.

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