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01/30/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/30/2026 01:33

Lutte contre la filariose à Madagascar : des vies transformées et l’espoir retrouvé

Lutte contre la filariose à Madagascar : des vies transformées et l'espoir retrouvé

30 janvier 2026

Antananarivo - Julien Ranjaivonirina, cultivateur de 63 ans vivant dans la région de Fitovinany, sourit en repensant à son parcours. Devant sa maison en bois, il raconte comment l'hydrocèle qu'il avait depuis plusieurs années limitait ses mouvements et l'empêchait de travailler comme il le souhaitait. Aujourd'hui, après sa prise en charge, il retrouve peu à peu son rythme et ses activités quotidiennes. « C'est comme si j'avais reçu une seconde vie, je peux enfin reprendre mes journées comme avant. »

Pour beaucoup de personnes à Madagascar, la filariose lymphatique reste une maladie difficile à vivre au quotidien. Transmise par les moustiques, elle perturbe la circulation de la lymphe et peut provoquer des gonflements persistants appelés lymphœdèmes. Dans les cas sévères, le gonflement peut devenir très important et la peau peut s'épaissir. Cette forme avancée est communément appelée éléphantiasis. Chez certains hommes, comme ce fut le cas de Julien, la maladie entraîne une hydrocèle, un gonflement du scrotum dû à une accumulation de liquide. Cette affection peut être très gênante et entraîner des complications, rendant les gestes simples du quotidien difficiles.

Malgré des progrès importants, la filariose lymphatique demeure présente dans plusieurs régions du pays. Ces dernières années ont montré une réduction notable du nombre de districts endémiques, passés de 96 entre 2018 et 2020 à 87 en 2023, dont quatre en phase de post-traitement. Le recensement national de 2023 a relevé 15 303 cas de lymphœdème et 14 069 cas d'hydrocèle. Dans la région de Fitovinany, où vit Julien, la situation reste marquante : à Manakara Atsimo, 2 922 cas de lymphœdème ont été enregistrés, tandis que Vohipeno et Ikongo comptent encore plusieurs centaines de cas chacun. Ces chiffres illustrent le poids persistant de la maladie sur les familles et les communautés rurales, déjà confrontées à de nombreux défis.

Face à ces enjeux toujours présents, le renforcement du système de santé et l'appui technique restent essentiels. Depuis 2023, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) accompagne étroitement le ministère de la Santé publique pour accélérer la lutte contre la filariose lymphatique. Cet appui repose sur deux piliers : l'interruption de la transmission grâce à l'administration de masse de médicaments, et la prise en charge des personnes déjà touchées, notamment pour le lymphœdème et l'hydrocèle. Grâce à cette collaboration, Madagascar a pu atteindre pour la première fois une couverture nationale complète en 2023, suivie d'enquêtes destinées à mesurer l'efficacité des interventions. En 2025, la prise en charge des patients a été renforcée dans 17 districts, avec davantage de formations, de matériel et de suivi.

Dans cette dynamique, l'OMS a contribué au renforcement des compétences médicales en formant, entre septembre et décembre 2025, 348 professionnels de santé, dont 17 chirurgiens spécialisés dans la prise en charge de l'hydrocèle. Ces sessions de formation ont permis d'améliorer la qualité des interventions, de renforcer la sécurité opératoire et d'élargir l'accès aux soins spécialisés dans les régions les plus affectées. Au total, 61 personnes ont bénéficié d'une intervention chirurgicale liée à la filariose lymphatique en octobre 2025, dans les districts de Tamatave (22 patients) et Manakara (39 patients).

La Dre Yvette Ramanantsoa, responsable des maladies tropicales négligées (MTN) au sein de la Direction régionale de la Santé publique de Fitovinany, rappelle l'enjeu de ce combat. « La lutte contre l'éléphantiasis est un investissement pour la dignité humaine et le développement. L'élimination est possible, mais nécessite un engagement collectif et durable. »

Sur le terrain, cet engagement se traduit par des actes concrets : campagnes régulières, mobilisation communautaire, dépistage actif et interventions chirurgicales gratuites. Les agents de santé communautaires parcourent des kilomètres pour informer, rassurer et orienter les malades, contribuant ainsi à réduire la stigmatisation et à faciliter l'accès aux soins.

Du côté de l'OMS, la vision est tout aussi claire. « C'est ensemble, main dans la main avec le ministère et les communautés, que nous avançons pour que plus aucune personne ne vive dans la souffrance en silence », explique la Dre Patricia Rasoamihanta-Martin, responsable du programme des MTN au bureau de l'OMS à Madagascar. Elle rappelle qu'au-delà des soins, la réussite de cette lutte repose sur la participation active des populations. « Face aux conséquences lourdes de cette maladie, particulièrement dans les zones rurales, il est essentiel que chacun prenne conscience de l'importance de la prévention, de la participation aux campagnes de traitement et de l'accès aux soins. La mobilisation des communautés et l'engagement constant de tous les acteurs sont indispensables. »

Dans cette continuité, l'étape suivante consiste à poursuivre la trajectoire vers l'élimination de la filariose lymphatique d'ici à 2030, en consolidant les progrès accomplis et en assurant leur pérennité au sein du système de santé.

Les progrès accomplis se manifestent particulièrement au sein des équipes chirurgicales. Grâce aux formations appuyées par l'OMS, les chirurgiens constatent des bénéfices immédiats pour les patients. Au Centre hospitalier régional de Mananjary, la Dre Rynah Rakotomamonjy, impliquée dans la prise en charge depuis 2008, explique que ces sessions ont permis d'améliorer les techniques opératoires, de réduire les complications et d'offrir des suites plus confortables. « Après l'opération, beaucoup expriment un sentiment de libération, ils retrouvent une vie plus normale, sans honte, et ont l'impression de recommencer leur vie. »

À Manakara, le Dr Mampionondray Razafindratovonimanana, chef du service de chirurgie, partage le même constat. Il décrit des cas parfois complexes, mais souligne des améliorations notables : réduction du volume, regain de mobilité, reprise du travail et diminution de la stigmatisation.

Ces avancées se reflètent directement dans la vie des personnes touchées. Derrière chaque intervention se trouvent des parcours marqués par l'attente, les doutes et l'espoir de retrouver une vie normale. Et c'est dans les villages que l'on mesure pleinement l'impact de ces gestes chirurgicaux : là où les patients regagnent leur autonomie, leur confiance et la possibilité de reprendre des activités longtemps interrompues.

Dans un village voisin de Fitovinany, Victor Ratovonirina, 60 ans, offre un exemple parlant du long chemin que doivent parfois parcourir les patients avant d'accéder aux soins. Cultivateur lui aussi, il raconte avoir vécu près de dix ans avec la maladie, pensant d'abord qu'elle était liée à un choc reçu lors d'un match de football. Peu à peu, il a perdu en force et en mobilité, et la maladie a fini par peser sur sa vie sociale et sa capacité à travailler. Informé au centre de santé qu'une prise en charge était possible, il a décidé de s'inscrire et a ensuite été opéré gratuitement. « Cette chirurgie a changé ma vie : je me sens soulagé, je retrouve mes forces et je peux envisager sereinement le retour aux champs », dit-il.

Pour Julien aussi, le changement est profond. Avant sa chirurgie, il travaillait difficilement et se sentait diminué. Après avoir enfin reçu les soins dont il avait besoin, il retrouve un quotidien plus simple et plus léger. Assis sur un banc, entouré des siens, il garde le regard tourné vers son champ, symbole de son quotidien retrouvé, et confie : « À présent, je me sens renaître, et je suis confiant que demain sera encore meilleur ». Pour les communautés de Fitovinany et d'ailleurs, l'espoir n'est plus une promesse lointaine : il prend désormais la forme de vies transformées, de gestes retrouvés et d'une dignité restaurée.

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Kadijah Diallo

Chargée de communication
Bureau Régional de l'OMS pour l'Afrique
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Flora Dominique ATTA

Chargée de communication
Bureau pays OMS Madagascar
Tél. : 00261 32 11 463 63

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