09/29/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/30/2026 08:24
Depuis le 23 septembre, des frappes russes régulières contre des centres de données à Kyiv, les mettant partiellement ou complètement à l'arrêt, perturbent le fonctionnement de médias ukrainiens. Reporters sans frontières (RSF) dénonce ces attaques répétées contre des infrastructures civiles, constitutives de crimes de guerre, qui mettent en péril l'accès à l'information fiable.
"Chers clients ! À la suite d'une attaque ennemie, le réseau principal de COSMONOVA|NET a été endommagé. Une partie de nos clients peut donc actuellement rencontrer des perturbations de leur connexion Internet." Le 25 septembre, l'opérateur de télécommunications et fournisseur de services informatiques ukrainien COSMONOVA|NET a ainsi communiqué à la suite d'une première frappe russe sur son centre à Kyiv. Le lendemain, il est visé par une nouvelle attaque et annonce "être à l'arrêt".
À Kyiv, les centres de données font face à une campagne de frappes russes ciblées depuis le 23 septembre, entraînant des dysfonctionnements informatiques ou des coupures d'accès Internet, avec des répercussions directes sur les médias ukrainiens. Le groupe audiovisuel public Suspilne, a rapporté que plusieurs lecteurs vidéos de son site web étaient "temporairement indisponibles" après les frappes contre COSMONOVA/NET. Depuis, le média qui "travaille sous des attaques en permanence" a confirmé à RSF que "toutes les ressources affectées par l'attaque ont été remises en ligne".
Ces perturbations ont touché d'autres médias, tels que les chaînes de télévision privées Priamiy et Novyny Live. La première a rapporté que son site web était "indisponible" et la seconde a déclaré avoir des problèmes de diffusion. La chaîne, Kyiv 24, a quant à elle annoncé "des risques potentiels de coupures", tout en indiquant à son public les canaux alternatifs de diffusion de ses programmes. La chaîne Kanal 5 a, pour sa part, fait état de difficultés de retransmission de son signal télévisé. Les coupures s'étendent également aux régions : à Poltava, ville dans le nord-est du pays, le site Internet d'information locale Kolo est à l'arrêt.
À Kyiv, la connexion de la reporter freelance Ksenia Savoskina a été coupée après l'attaque : "Au début, nous avons cru à une erreur, ou à un oubli de paiement du Wi-Fi. Plus tard nous avons appris que des drones russes avaient attaqué un centre de données à Kyiv." Selon elle, ces attaques ont surtout une visée psychologique afin de "propager la panique".
Ces pannes Internet ont affecté près de 100 000 personnes à Kyiv le 23 septembre, selon le ministère ukrainien de la Transformation numérique.
"Ces frappes russes répétées contre des infrastructures de télécommunication ukrainiennes ont non seulement des conséquences sur le travail des médias mais aussi sur le droit à l'information de la population ukrainienne. Ce sont des crimes de guerre dont la gravité ne fait aucun doute. RSF dénonce des attaques sur des zones civiles et condamne la stratégie du Kremlin. Ces bombardements systématiques doivent cesser.
Frapper les data centers, une menace pour le droit à l'information
UTELS et Pavutyna font partie des fournisseurs ukrainiens d'accès à Internet qui subissent les conséquences des frappes. Pavutyna explique avoir ainsi perdu "presque la moitié" de son réseau, désormais rétabli d'après les communications de l'entreprise sur Telegram. L'hébergeur Internet ukrainien CityHost, dont deux centres de données ont été en partie détruits le 23 septembre, a annoncé avoir dû transférer ses serveurs consacrés à l'hébergement des sites web vers des pays situés dans l'Union européenne (UE). Les équipes sont toujours mobilisées pour rétablir le bon fonctionnement du service, selon les informations reçues par RSF. Le 25 septembre, une frappe de drone sur les bureaux de Datagroup, l'un des principaux opérateurs de télécommunications du pays, a coûté la vie à quatre personnes à Kyiv.
Deux jours plus tard, le 27, c'était au tour du de Kyivstar, premier opérateur mobile du pays, d'être attaqué par des drones, une attaque revendiquée par Moscou, de même que celle contre un centre de données de Vodafone Ukraine, autre opérateur mobile. Encore, ce 29 septembre, l'entreprise de télécommunications ukrainiennes Ukrtelekom a subi un bombardement à Kyiv, sans que cela perturbe ses services.
Inquiétudes sur l'hiver à venir
Les risques sur le système numérique et les communications pourraient perdurer "jusqu'à la fin de la guerre", a d'ores et déjà annoncé le Premier ministre ukrainien, Serhiy Koretskiy. Il a ajouté que les autorités ukrainiennes se "préparaient au pire scénario" et travaillaient à protéger ces infrastructures, avec notamment des installations souterraines et à l'étranger.
Ce qui inquiète surtout Ksenia Savoskina, c'est l'hiver à venir. Les coupures Internet pourraient se conjuguer aux coupures de courant dues aux campagnes de frappes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes ces dernières années, privant une partie de la population à la fois d'électricité et de connexion Internet. Comme d'autres reporters ou organisations médias ukrainiennes, Ksenia Savoskina envisage une solution de secours avec l'achat d'un équipement Starlink.
RSF a écrit aux différents médias, data centers et entreprises de téléphonies mobiles concernées. L'entreprise Vodafone a répondu ne pas être en capacité de "commenter" pour des "questions de sécurité".